Ecoutez musique ouïgoure

Dil Kuyi 
Hijran
Navastoki

Travaux sociologiques

Rejoignez overblog

Recommander

Les prostituées chinoises à Paris

Les prostituées chinoises à Paris

 

Le contexte

Il est très difficile de donner un chiffre exact sur le nombre des prostituées chinoises en France ou plus précisément dans la région d’Ile de France. Les premières prostituées chinoises sont apparues dans le quartier de Belleville (20ème arrondissement), il y a sept ou huit ans. En 2003, elles n'étaient pas plus de 100, selon les estimations des services de la préfecture de police.

Elles sont plutôt discrètes peur d’être reconnues par la police tant que de leurs compatriotes, ces femmes ne se montrent pas publiquement pour ce « métier ». Car bien que cette activité soit de loin plus lucrative que les emplois communautaires, elle reste très stigmatisée et source de honte. C’est cependant grâce à cet emploi autonome - à ce jour la plupart des femmes n’ont pas de « protecteurs » - que ces femmes retrouvent, aux yeux de leur famille restée en Chine, leur dignité car elles peuvent enfin accomplir l’objectif initial de la migration en envoyant de l’argent à leur enfant et remplir ainsi le rôle de « bonne mère de famille ».

La plupart de ces femmes sont originaires de Dongbei, la région nord-est de la Chine ou la Manchourie avant la Nouvelle Chine de Mao et qui sont des victimes dans leur communauté chinoise divisée en deux à Paris. Les primo arrivés chinois  en France sont des Wenzhou, une ville littoral de la province de Zhejiang dans la sud-est de la Chine. Ils sont connus même en Chine pour leur monopôle de commerce et migration dans les différentes parties de l’intérieure de la Chine. Ces Wenzhou qui ont déjà plusieurs générations en France, formé des petites entreprises ou ateliers et tirent leurs reste de la famille en Chine ou leurs compatriotes pour faire venir en France.

La deuxième branche des immigrés chinois en France dont la plupart des prostituées font partie est le Dongbei. Contrairement à leurs compatriotes Wenzhou, ces Dongbei sont souvent urbains, mieux éduqués, en majorité de femmes (70 %), d’âge mûr (la quarantaine), anciens petits cadres appartenant à une classe moyenne en Chine. On s’intéresse ici à ces femmes, souvent mariées, qui ont quitté leur pays en laissant leurs familles pour des nombreuses raisons.

La région de Dongbei était la terre des grandes entreprises d’Etat, des industries lourdes, des mines, des textiles qui pouvaient employer 100000 personnes avant la réforme d’ « économie sociale du marché ». Leurs employés bénéficiaient d’un système social qui les protège en matière de santé ou éducation de leurs enfants uniques. Après cette réforme, la région a subi la politique de restructuration des entreprises d’Etat largement déficitaire. Le taux de chômage atteint 30% et touche en priorité les femmes. Perte d’emploi, difficulté financière et surtout l’incapacité pour payer le frais universitaire de leurs enfants uniques, dégradation de relation avec le conjoint pouvant aboutir au divorce, ces femmes ont choisi de partir en étranger.

Pourquoi ce choix ?

Partir en France demande un coût très élevé, entre 16 800 € et 24 400 € pour les migrants de Wenzhou qui passent par les organisations mouvantes et 4 600 €~ 12 200 € pour les migrants de Dongbei qui passent par les agences d’intermédiaire. Cette somme est généralement collectée auprès des proches, des amis et des voisins avec une promesse de les rembourser dans une certaine limite de temps. Parfois l’argent est prêté par les organisations intermédiaires en imposant les intérêts.

Une fois arrivée en France avec ces dettes financières et les pressions morales des familles restées en Chine, ces femmes déposent en générale la demande d’asile qui est acceptée en France depuis plusieurs années avec 1% de réussite. L’irrégularité au niveau administratif et l’énergie dépensée pour obtenir un titre épuisent ces femmes de peur.

Les quartiers chinois à Paris sont fortement dominés par les Wenzhou qui n’aiment pas ces Dongbei arrogantes, et ces dernières méprisent les premiers comme campagnard sans éducation. Le marché de travail est généralement réservé aux nouveaux arrivants Wenzhou, alors que les Dongbei ont beaucoup plus de difficultés pour trouver un travail même chez les patrons chinois qui sont majoritairement des Wenzhou. (65%)

Ces femmes de Dongbei trouvent un travail dans le secteur de confection ou garde enfant chez les Wenzhou ou encore dans les restaurants chinois au premier lieu par les réseaux communautaires et l’intermédiaire des amis. Une étude réalisée en 2001, parmi les chinois présents en France depuis un an, détaille les métiers investis : 38% dans la confection, 26% dans la restauration, 15% sont nourrices, 9% dans le bâtiment. Elles sont disponible 24h sur 24, travaillent sans congé pour un salaire de 600 jusqu’à 900€. Ne pas être payées et agressées sexuellement par leurs patrons, humiliées par toute la famille d’employeur ne sont pas rares pour ces Dongbei. Menacées par leurs patrons qui tiennent leurs statuts sans papiers, absentée des connaissances de la loi françaises concernant leurs droits, elles ne peuvent rien faire pour mettre fin à toutes ces injustices.

Le logement est une autre difficulté impossible à obtenir en tant que sans papier. Beaucoup d’entre elles dépendent encore donc aux aides de leur communauté. Le terme de logement est introuvable chez les chinois qui utilisent un autre comme « couchette » ou « chambre » disponibles dans les logements des compatriotes ou dans des dortoirs organisés par des marchants des sommeils chinois. Le prix mensuel d’un lit est fixé 120€. Souvent la promiscuité home/femme conduit l’agression sexuelle subi par les femmes, la fréquence de déménagement n’est pas rare non plus.

Pas de travail, difficulté pour payer leurs besoins quotidiens, difficulté pour payer leur loyer, encore la dette qui les étranglé au cou, la peur d’être découverte par la police, les humiliations par les patrons, par les intermédiaires, par les familles des patrons, le non maîtrise de français, l’absence d’une protection de nulle part… Fatiguées de vivre comme tel, beaucoup d’entre ces femmes choisissent une autre voie pour vivre, la prostitution. Elles n’étaient pas des prostituées professionnelles en Chine, elles les sont obligées en France.

La menace de SIDA chez les prostituées chinoises à Paris

Dans le nord et nord-est parisien, dans les quartiers de Belleville, République, Strasbourg- Saint- Denis, Château Rouge et Porte de Clichy ainsi autour de métro Quatre Chemin à Aubervilliers, les prostituées chinoises deviennent de plus en plus visibles. Elles portent un sac et marchent notamment en fin de l’après-midi dans les quartiers très passants. Les clients ne sont pas que des Chinois, mais aussi des autres ethniques. Le frais d’une passe atteint 30€ en ajoutant encore le frais de l’hôtel. Beaucoup vont directement chez les clients. Dans les cas d’agression, elles ne peuvent pas réagir peur d’être découverte. « Je n’ai pas de choix », c’est la réponse de la plupart d’elles aux enquêteurs.

Le remboursement de dette considérable est une priorité pour ces femmes, une priorité qui les coupe nombreuses années. Il faudrait de 2 ans à 8 ans pour les rembourser. Les conditions de vies, l’accumulation des difficultés atteint chez certaines un seuil anxiogène qui va être dépassé par un évènement soudain : contrôle d’identité, énième perte de logement, maladie…

L’irrégularité de séjour, la nécessité de rembourser la dette font vivre ces femmes dans une situation de dépendance de leur communauté, de peur, d’instabilité et ne leur donne ni de temps, ni moyens, ni l’attention nécessaire pour se préoccuper de leurs problèmes de santé.

Les conditions de la vie de ces femmes ne permettent pas de réfléchir à la question de santé, même si beaucoup d’entre les enquêtées ont répondu positivement. De plus, la condition hygiénique de leur « chambres » n’est nullement favorable à la protection des maladies.

En cas de malade grave, elles ne peuvent pas aller chez les médecins directement, peur de contrôle d’identité par des nombreuses questions, peur de payer trop cher, peur de parler librement sur leurs pratiques sexuelles car elles sont souvent accompagnées par les intermédiaires chinois pour traduire. Le prix d’un interprète dépend des services qu’il joue. On peut trouver facilement des petites annonces écrites en chinois et affichées dans les rues de Belleville marquant les prix de différents services.  Lecture d’une lettre coût 9€, remplir un formulaire coût 8€, inscription à l’école 30€, déclaration de grossesse 35€ ainsi de suite. Tous les services sont payants dans la communauté. A cause des faut propagandes sur SIDA en Chine pour montrer cette maladie comme celle d’occident, beaucoup des prostituées chinoises se sentent loin d’elle. Alors qu’elles ne font pas attention à l’utilisation de préservatif, elles le demandent  souvent à leurs clients, mais elles peuvent le faire en augmentant 7,5€ s’ils ne l’ont pas. Manque d’éducation sexuelle, elles ne savent pas utiliser les pilules.  En Chine, la contraception n’est pas le domaine des hommes, mais celui des femmes. Elles mettent un stérilet après leur premier bébé pour éviter le deuxième en raison de la loi de planning familial.

Lotus Bus, lancé par Médecins du monde pour « la promotion de la santé des Chinoises se prostituant » en janvier 2004 a rencontré beaucoup des prostituées chinoises pour leur faire sentir la nécessité de se protéger des différentes maladies sexuelles. Ces femmes s’intéressent surtout à la question des moyens de se protéger de ces maladies, la possibilité de remboursement ou d’assurance…etc. Mais il n’y pas grande monde qui viennent pour consulter. Comme tout se paie en Chine, elles ont tendance à penser qu'un service gratuit est forcément de mauvaise qualité. Elles se mettent en danger par ne se font pas dépister. On ne sait pas combien d’entre les prostituées chinoises sont affectées par SIDA ou par le virus VHI, tout comme c’est difficile de savoir leurs nombre exacts.

Conclusion

Avec les organisations illégales des Chinois qui se développent en France dans les crimes de trafics des migrants illégaux, de plus en plus des femmes chinoises deviennent victimes de mensonges qui leur montrent la France comme le paradis. Certaines femmes subissent harcèlement sexuel pendant le trajet par leur passeur, autres quand elles arrivent en France. Ces femmes qui ont choisi ce « métier de la rue » risquent leurs vies très facilement à attraper le SIDA. Le pire est qu’elles n’ont aucune connaissance sur cette maladie, aucune éducation sexuelle. De plus, il est très difficile de communiquer avec elles non seulement à cause de la barrière de langue, mais aussi de leur « timidité » qui fait un obstacle au sujet tabou, le sexe. Toujours le problème financier, le problème d’irrégularité de séjours, la peur de la précarité sont des éléments principaux qui coupent leur confiance envers les ONG comme le Médecin du Monde. Les associations chinoises ou franco-chinoises ne veulent pas s’associer ou aider à ces organisations. Contrairement aux autres associations, ces organisations chinoises ne sont pas là pour aider à l’intégration des migrants chinois, mais pour protéger l’image de la Chine ou des mœurs chinois en France. Elles ont en revanche une relation très proche avec l’ambassade de Chine qui les aide énormément au niveau financier. Les questions qui détruisent ou perdent « la face » de la Chine, elles se tiennent loin, ne s’approchent pas. Protéger et sauver ces prostituées de ces misères demande donc un travail de long terme et un effort très lourd.

Les références :

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés