Massacre d’Urumchi : Qu'est gagnant, qu'est perdant?

Publié le par Ouïgour

Les évènements sanglants depuis le 5 juillet dernier à Urumchi ont laissé des très lourdes traces dans l’histoire contemporaine de la Chine et aussi dans celle des Ouïghours. La presse internationale a félicité d’une part une première ouverture médiatique du gouvernement chinois, qualifiant ce dernier d’avoir tiré une bonne leçon de ce qui s’est passé l’année dernière à Lhassa. En réalité, si on entre dans la vie réelle de la région ouïghoure depuis ce massacre, le gouvernement chinois n’a su gérer cette affaire ni au niveau interne ni à l’échelle internationale.

 

Malgré la censure totale et une limitation extrême pour les journalistes étrangers, le monde entier a diffusé pendant au moins une semaine ces informations venant de la Région comme l’actualité internationale du premier plan. La Une de tous les grands journaux n’ont pas arrêté d’informer, de commenter l’affaire plus ou moins objectif, bien que la plupart restent prudents dans leur tons vis-à-vis de la Chine. Pour la première fois depuis l’histoire, les Ouïghours sont connus mondialement, malgré, tristement, pour une raison tragique. Le racisme pervers des Chinois de Shaoguan, révélé par les journalistes du quotidien « Le Monde » qui montre combien ces ouvriers détestent leurs collègues ouïghours, juste parce qu’ « ils ressemblent physiquement aux étrangers avec leur poiles partout », la mésaventure du journaliste américain Joseph Mackertich (My days as an Uyghur), humilié à Shanghai par les Chinois qui l'ont cru comme Ouïghour, l’expulsion brutale des journalistes étrangers à Kashgar au lendemain de la manifestation d’Urumchi, l’interdiction aux hôtels ouïghours d’accueillir les étrangers, l’interdiction officieuse d’un contact entre les Ouïghours et les étrangers…etc. Tout cela n’a aidé qu’à « perdre la face » encore plus au gouvernement chinois sur la scène internationale sans oublier que comment il s’est ridiculisé en demandant au Festival des Films International en Australie de retirer un documentaire sur Rebiya Kadeer.


A l’échelle mondiale, le gouvernement chinois non seulement a perdu la face, la plus tragique des conséquences de ces massacres, la question ouïghoure s’est enfin révélée au monde. Désormais, tout le citoyen du monde sait qu’il n’y a pas seulement le problème Tibet en Chine, mais aussi celui d’Ouïghour. Sur ce point, la perte est très lourde pour le gouvernement. Même pendant le massacre de Guldja en février 1997, il avait réussit à cacher tout. Désormais, le moindre bruit ethnique sera médiatisé dans le monde entier et Pékin en a bien la conscience. Ce qu’il reste désormais pour les autorités chinoises est de jouer la carte « terroriste » avec toutes leurs intelligences. Nous l’avons vu il y a une semaine, la Chine a annoncé d’avoir trouvé un groupe terroriste dans la région.


Au niveau interne, la perte est encore plus lourde : jamais dans l’histoire, depuis la cohabitation des Chinois et Ouïghours, ces deux ethnies ne s’étaient pas haies comme aujourd’hui. Les Ouïghours qui sont revenus depuis quelques semaines racontent le malaise dans la vie quotidienne : pas de Taxi pour les Ouïghours, pas d’élève pour les classes chinoises. Fini les plats ouïghours pour les Chinois. Dans les bus, deux ethnies ne mélangent plus, impossible de se faire pardonner si on se touche par erreur ou par hasard, le regard haineux se fixent longuement. Tout est commencé par la publicité haineuse de la presse officielle contre la communauté ouïghoure, mettant l’huile sur le feu. Aujourd’hui, la propagande qui crie l’unité des ethnies domine partout : la presse, la télé, la radio, les affiches, les voitures officielles. Rien d’autre que ce slogan, mais on a l’impression c’est trop tard. Ce slogan devrait être crié au début du massacre où les Chinois d’Urumchi sont convaincus d’être victime « grâce aux » médias chinois officiels. Comment le gouvernement envisage de faire oublier cette période douloureuse et de construire une société harmonieuse ? Une tâche extrêmement difficile.


A l’échelle interne, une autre perte frappante est la « publicité » pour Rebiya Kadeer. Cette dernière, pas forcément connue par la jeune génération est devenue une star grâce à la pub chinoise. Accusée de tous bords, elle est non seulement sur la Une de tous les journaux qui lui consacrent toute une page, mais aussi à la télé et sur les écrans géants dans les Places du Peuple. Ces médias parlent tous les jours comment cette « diable » était mauvaise élève quand elle était en école primaire etc. Désormais même les petits connaissent cette dame.


Quant aux Ouïghours, la perte est très lourde. Victime en sois en perdant dix milliers de jeunes, la plupart originaire des autres villes (les jeunes d’Urumchi sont enfermés chez eux par leur famille au moment de la manifestation selon les informant), ils sont devenus un cible d’attaque des civils chinois. Ces derniers, persuadés que c’est eux la victime grâce aux médias officiels, ne rendront pas la vie facile aux Ouïghours avec leur 83% de la population dans la capitale. La fabrication de passeport, une porte désormais totalement fermée aux Ouïghours. Ascension sociale, l’espoir encore moins. L’existence ou résistance, un grand point d’interrogation. Le chef de police de la Région et le secrétaire général de la capitale sont limogés, et on parle d’un prochain départ de gouverneur Wang Lequan. Les Ouïghours ne s’intéressent pas à ces changement de poste : le loup part, le tigre le remplace. Maintenant si le tigre part, certainement un autre encore pire le succède. La Région est un trésor, on n’y quitte pas sans remplir les poches.


Pékin doit reconnaître ses erreurs dans sa politique envers ses régions spéciales. Est-ce que le gouvernement chinois est capable de revoir sa politique de 60 ans et de parler d'une ouverture réelle? à voir.Mais à priori, la réponse est "Non". Peut être Pékin est à la recherche d'une baguette magique, qui sait. On ne sait jamais à quoi pensent réellement ces Chinois.

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